Sous le verre du Louvre, une toile attire le regard et le retient. Le Bain turc, dernier grand tableau d'Ingres, mêle sensualité, harmonie et fascination pour l'Orient. Une œuvre à contempler lentement, comme on savoure une belle parenthèse. La culture est à la portée de tous. Une visite au Louvre ouvre la porte à quelques-uns des chefs-d'œuvre les plus célèbres au monde, et parmi eux, Le Bain turc occupe une place à part.
Jean-Auguste-Dominique Ingres est un peintre français du 19e siècle, connu aussi pour son amour du violon. Il commença Le Bain turc en 1852 et l'acheva en 1859. L'œuvre avait été commandée par Napoléon III en 1848, mais une fois livrée elle fut rendue à l'artiste quelques jours plus tard, car la scène avait choqué l'impératrice.
Le tableau met en scène un harem de femmes turques nues, assises sur des sofas. Pour le composer, Ingres puisa son inspiration dans les lettres de Lady Montagu, ambassadrice anglaise dont les écrits racontaient sa visite d'un bain pour femmes à Istanbul et en décrivaient les lieux avec une grande précision. L'artiste se tourna aussi vers d'anciens croquis réalisés plus tôt dans sa carrière, notamment sa Baigneuse Valpinçon. Cette figure se retrouve ici dans la femme du premier plan, nue et vue de dos. Le thème de la baigneuse était cher au peintre et revient souvent dans son œuvre.
L'œuvre est très érotique, et c'est ce qui troubla l'impératrice. Il ne s'agit pas seulement d'une étude de nus, comme souvent dans les tableaux d'Ingres. À droite, au second plan, une femme prodigue des caresses à une autre, lovée dans ses bras. La lumière générale est froide et tamisée.
Au premier plan, pourtant, une figure attire l'attention. Vue de dos, elle joue d'un instrument à cordes qui ressemble à un luth. Le teint de sa peau la distingue des autres femmes, et les détails de son corps paraissent plus marqués. Les personnages qui l'entourent sont assis autour de cette femme centrale, l'air pensif. Toutes les femmes sont représentées dans des poses langoureuses, ouvertement sensuelles.
À leurs pieds, tout à l'avant de la composition, repose un petit plateau et du thé. La taille modeste du plateau donne aux nus une présence d'autant plus grande, presque monumentale.
Enfin, le cadre circulaire choisi par le peintre répond parfaitement aux courbes des personnages et renforce l'harmonie de l'ensemble. Ingres adopta ce procédé en hommage à Raphaël, qui l'employait souvent et qu'il admirait comme un artiste hors norme.
Après le refus de Napoléon de conserver l'œuvre, Ingres la retravailla jusqu'en 1863. Elle figure parmi les tout derniers tableaux qu'il réalisa avant sa mort en 1867. La toile ne fut présentée au public qu'en 1905, lors du Salon d'Automne de Paris, qui consacra une rétrospective à l'artiste. Elle y enthousiasma de grands noms de la peinture, dont Picasso.
Le tableau arriva au Louvre en 1911, à la suite d'une donation de la Société des Amis du Louvre. Il se découvre au deuxième étage de l'aile Sully, dans la salle 60.
Dans l'aile Sully, [Peint] Salle 940
Jean-Auguste-Dominique Ingres, peintre français du 19e siècle.
Son sujet ouvertement érotique, un harem de femmes nues aux poses langoureuses, choqua l'impératrice, qui fit rendre l'œuvre commandée à l'artiste.
En 1911, grâce à une donation de la Société des Amis du Louvre.